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vendredi, 28 mai 2010

Untitled tracks for Munma

Un titre pot-pourri pour un post 2-en-1 façon shampooing-démêlant. Ça faisait longtemps que je voulais le faire et le concert de lancement du nouveau CD de Munma m’a sorti de ma torpeur… Alors voilà, avis aux amateurs de découvertes musicales et photographiques!

mumna.jpgNous commencerons donc par le plus récent, avec Previews & Premises, le quatrième et dernier effort de Jawad Nawfal aka Munma. Auteur d’un beau CD au sortir de la guerre de 2006 (nous avions repris l’intro de son CD pour la lecture de Jours tranquilles à Beyrouth à la gare ferroviaire de Mar Mikhaël), il revient avec des plages électroniques concoctées ces 4 dernières années et à ne pas mettre entre toutes les oreilles (disons qu'il faut écouter ça dans de bonnes conditions), mélangeant tentatives organiques, jazz et arabisantes sur fond d’électro industrielle. Les habitués du Basement ont pu découvrir ça il y a pile poil deux semaines. Petit merci au passage à Tanya Traboulsi pour la photo de Jawad prise lors du «concert» au Basement.

untitled tracks tanya traboulsi ziad nawfal.jpgLa photographe Tanya Traboulsi justement qui, en compagnie de Ziad Nawfal (le frère de Jawad) et de Ghalya Saadawi, a sorti il y a deux mois un bouquin textes-photos intitulé Untitled tracks sur la scène musicale alternative beyrouthine de ces dernières années. On y retrouve Mumna bien sûr, mais aussi les Scrambled Eggs, les ex-Soap Kills, les Incompetents, Lumi et bien d’autres. Les images sont personnelles, les textes aussi. Nous, ça nous plaît, alors autant vous faire partager ça avant le week-end.

Sur ce, on vous laisse avec un petit morceau de Munma, Bits and dust...


podcast

mardi, 15 décembre 2009

Requiem pour la CD-Thèque

cd-theque tony sfeir beyrouth.jpgC’était une après-midi ensoleillée de 2000. Pas loin de chez nous, un nouveau disquaire venait d’ouvrir ses portes à Beyrouth. J’y suis allé et y ai rencontré Tony Sfeir, un grand gars aux cheveux gris, l’air affable avec ses gros sourcils noirs. J’ai fouillé dans les bacs et me suis vite rendu compte que le tenancier avait une toute autre sélection que Top Ten ou La maison du disque, les concurrents d’alors. Je suis ressorti de là avec un petit sac cartonné bleu foncé et, à l’intérieur, The fragile de Nine Inch Nails, un groupe figurant sur la liste noire de la censure locale. Un peu étonné et surtout très content de ma double trouvaille. Trouvaille qui n’en était pas vraiment une puisque Tony n’était pas un nouveau venu dans le métier. Il était déjà bien connu du côté d’Ajaltoun, mais je ne l’ai appris que bien plus tard.

Six années durant, je suis passé chez Tony chaque semaine. Il a vu grandir mes gamines qui m’y accompagnaient très souvent. Moi, j’ai vu grandir son affaire. Tony a déménagé en traversant le boulevard pour s’installer dans une boutique plus spacieuse, sur trois niveaux. Saison après saison, j’ai vu défiler de nouveaux vendeurs, tous passionnés, que ce soit de jazz, de musique classique, d’électro ou de rock. Chacun d’entre eux s’est nourri de ce vivier pour partir vers d’autres horizons. Je pense à Jade Souaid, gourou du Basement, Ziad Nawfal, producteur touche-à-tout et animateur sur Radio Liban, Abdallah Machnouk, plus ou moins le même profil touche-à-tout et lui aussi animateur sur 96.2, Bachir Sfeir, chroniqueur culturel à Al-Akhbar… Il y en a eu tant.

A la CD-Thèque, on trouve des CD bien sûr, mais aussi des DVD que les grossistes du business comme le Virgin n’ont que trop rarement dans leur catalogue. On y déniche des comic novels ou des BD un peu décalées comme Persépolis à l’époque où personne encore n’en avait entendu parler, des livres en tout genre, des magazines anglo-saxons spécialisés… Tous ceux qui sont passés par là vous le diront: il n’y a pas deux endroits comme ça à Beyrouth. Même si Tony a ouvert d’autres branches, à Hamra ou à Dbayeh, avant de penser à les fermer. Depuis plusieurs années, il était rare de croiser le propriétaire des lieux dans les boutiques, Tony ayant monté une maison de production, Incognito, sorte de tremplin pour les musiciens orientaux ou les jeunes illustrateurs levantins.

Et puis voilà que la rumeur arrive, il y a plusieurs semaines de cela: Tony va bientôt mettre la clé sous la porte. Chacun a ses certitudes sur les raisons profondes de cette mort annoncée. Les finances ne suivent plus, entre gestion délicate et baisse de la fréquentation. Les acheteurs d’autrefois se font plus rares, préférant télécharger leurs mp3 sur un obscur serveur russe ou aller chez le pirate du coin pour acheter un DVD men Souria à 1000 livres plutôt que d’en débourser 30000 pour un original.

Hier soir, un message sur Facebook a mis un terme aux rumeurs que tout le monde savait malheureusement fondées: «After 13 years of active existence on the local scene, and a slow agony – worldwide economical crisis, death of the CD, instability of the local political situation, you’ve heard it all before – La CD-Thèque is getting ready to “close up shop” on the 31th of January 2010. We bid you farewell and hope to see you again, somehow, somewhere.»

Soyons honnêtes deux minutes. Je fais partie de ces déserteurs, même s’il est peut-être naïf de croire qu’un business s’écroule à cause des seuls déserteurs. Mais c’est aussi une réalité: ces trois dernières années, je ne suis passé chez Tony que trop rarement, juste pour voir si tel ou tel groupe libanais avait sorti un album. Pas suffisant pour faire tourner une affaire en cette fin de décennie. Alors oui, Tony, d’une certaine manière, je me sens un peu responsable de ce qui se passe, je m’en veux. Et aujourd’hui, je ne dois pas être le seul.

 
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