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mercredi, 23 mai 2007

Nahr el-Bared, ses réfugiés qui fuient l'enfer et ses miliciens prêts à tout

Ce matin, on a pris la direction du nord, vers Tripoli. Avec comme terminus le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, assiégé par l’armée libanaise depuis dimanche.

medium_DSCN4960.jpgSur place, c’est la cohue. Les civils fuient, entassés dans des minibus. A l’entrée du camp, on croise le cadavre d’un combattant du Fatah al-Islam boursouflé et grouillant de vers, puis un vieillard courbé qui erre parmi les détritus. Nous sommes étonnés de pénétrer si facilement dans le camp. En fait, nous sommes arrivés avant la horde des envoyés spéciaux que les rédactions étrangères ont envoyé ce matin, et nous sommes simplement passés entre les mailles du filet.

Nat rencontre alors Youssef, un Palestinien travaillant pour l’UNWRA, qui nous servira de guide. D’abord méfiant, il est touché par le fait que nous ayons transporté en voiture une vieille dame qui n’arrivait plus à marcher. Dans le dédale de ruelles, on rencontre des hommes, les derniers restés. Certains sont en armes, d’autres non. Tous racontent les horreurs des trois derniers jours, leur haine pour l’armée libanaise qui a bombardé aveuglément les maisons, tuant les enfants. Plusieurs vont même jusqu’à trouver Ariel Sharon plus clément.

Et puis on tombe sur des combattants du Fatah al-Islam, visiblement irrités par notre présence et par le fait que Nat leur adresse la parole alors qu’elle n’est pas voilée. Blasphème. A leur accent, on dirait des Lybiens. Certainement pas Libanais ou Palestiniens. En tout cas, pas question de les photographier.

Vers 13h, on croise Sofia, une consœur de la télé, voilée de la tête aux pieds pour l’occasion. Cela fait 24h qu’elle est là, elle attend l’équipe de TF1 bloquée à l’extérieur.

On ressort du camp à 13h30. Là, journalistes, caméramen et photographes attendent que les militaires libanais les laissent passer. En vain. L’un des militaires, les yeux fatigués, nous dit qu’on a eu de la chance de ne pas être allé de l’autre côté du camp où les combats les plus violents ont eu lieu. Il raconte avoir vu les miliciens se servir d’enfants comme boucliers humains. L’image d’un petit, le haut du crâne arraché, ne le quitte pas. «Vous auriez-vous ça, vous ne voudriez plus être journalistes!», nous lance-t-il.

Sur la route du retour, dans les faubourgs de Tripoli, une fusillade éclate. En pleine ville. La tension monte, on file. Sur l’autoroute traçant vers Beyrouth, on croise un long convoi de blindés de l’armée libanaise. On se dit qu’une fois le camp de Nahr el-Bared vidé des civils, les Libanais vont canarder sec les miliciens restés dedans.

Je sais pas quoi dire. On aime notre métier, et on a parfois de la chance (?) d’être là au bon endroit au bon moment. En fait, on ne sait plus trop faire la part des choses entre notre "inconscience" (on en menait pas large à certains moments) et notre envie de savoir, de voir, de raconter.

N.B.: Cliquez sur la photo ci-dessus, elle vous emmènera vers l’album photos de la journée (ATTENTION: certaines photos peuvent choquer).

 
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